Sorties

Edito Novembre 2018

La fin d'année sonne à grands pas, dans moins de deux mois les fêtes sont là ! Un coup de froid s'abat sur le pays: un plaid, un thé, son chat et un bon livre ou une série télé. Continuons le sport, avec le bon équipement (Guillaume Néry / Teddy Riner / Rich Roll... vous trouverez bien un coach !).

lundi 12 novembre 2018

"Margin Call" de J.C Chandor

Casting: Kevin Spacey, Demi Moore, Paul Bettany, Jeremy Irons, Zachary Quinto, Penn Badgley, Simon Baker, Mary McDonnell, Stanley Tucci

La dernière nuit d'une équipe de traders, déjà réduite par des ruptures de contrats sans ménagements, avant le crash total. Tout ça à cause d'un algorithme périmé... 


Eric Dale fait partie de la première coupe d'effectif. Avant de partir, il donne une clef USB à un collègue: un dossier qu'Eric n'a pas réussi à boucler, mais il y a anguille sous roche il en est sûr. Et pas une petite anguille: le système boursier est dépassé. Will, Peter et Seth apportent un dossier dont les calculs et les perspectives sont rapidement confirmées par le Bureau... Que faire? Vendre le cadeau empoisonné, qui à ruiner des gens.


Nuit blanche, caféine à très haute dose, convocation de l'équipe à 6h30 du matin: quand il faut mettre en place un plan d'action et passer à l'action, il n'y a pas de temps à perdre. D'autant plus qu'il ne faut pas que les acheteurs aient le temps de dire ouf, ni que le scandale éclate trop tôt et ainsi empêcher les ventes.


Un mélange d'analyses de data face à certains employés complètement largués: une première analyse avec les chiffres et le jargon financier, une seconde en langage simpliste. Ce qui fait que tout le monde peut suivre à un moment ou à un autre.

L'humain n'a pas sa place, à part pour brasser des millions et participer à l'action d'auto-destruction. Vous voulez démissionner, parfais, par contre vous dites adieu aux primes, au maintien de salaire, stock option, assurance maladie. Par contre vous restez deux ans de plus pour assurer le moment tampon le temps que tout se tasse, et là nous pourrons en reparler.


A voir: pour une course à l'échalote où tu sais que tu perdras ton poste à la fin de la vente de gros

A zapper: 2 jours et une nuit blanche et tout le monde a le cerveau qui carbure toujours à cent à l'heure

"Réparer les vivants" de Maylis De Kerangal

"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". Le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quater heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.


A partir du moment où l'individu n'est pas inscrit au registre des refus de dons d'organes, il y a consentement. Mais à dix-neuf ans, peut-on savoir si l'on est pour ou contre? En quoi la générosité, du vivant de l'individu, a un rapport avec le don d'organes? Être croyant (résurrection ici évoquée) peut faire barrage au don. Maylis De Kerangal apporte ici des pistes de réflexion, pose le cas de parents devant sceller le sort du corps de leur fils. Nous sommes dans un sujet qui touche tout le monde.

Nous n'avons pas de dialogue mettant en place une réflexion autour de Simon. Le père ne pose pas plus de questions sur l'accident de la route, comment madame tient le coup depuis l'annonce de la nouvelle, quelles sont les remarques qui fusent dans la tête du père. Nous ne savons pas les sentiments des survivants de l'accident.
Nous savons quels organes seront prélevés, le registre national refus / acceptation mais nous ne savons pas pourquoi ces organes là plus que d'autres: comme la mère fait la remarque "ah les yeux ne sont pas prélevés", la réponse est "non" et point à la ligne. Le lecteur est confronté cependant au transfert des organes, sans tomber dans du médical incompréhensible.

Il n'y a pas de séparation entre les réflexions (personnelles et dialogues parlés entre les médecins / les familles des patients / les familles entres elles). "Elle s'approche du comptoir, se penche par-dessus le zinc, elle a soif, ne veut pas attendre, y a quelqu'un? Un type surgit de la cuisine". Etablir un échange, avec des personnages qui ont des questions, des points de vue devient forcément peu clair et peu envisageable. Nous avons une masse de texte. Ce qui est dommage car l'histoire est magnifique.

Ce style d'écriture, entre absence de dialogue, faire face à un bloc de texte compacte, fait que le lecteur n'est pas impliqué dans l'action: nous ne prenons pas part au débat, nous ne pouvons pas être touché par le drame. Sans oublier certaines phrases qui s'étalent sur une dizaine de lignes, à ne plus trop se souvenir du point de départ une fois arrivé au point.

"The open house" de Suzanne Coote et Matt Angel

Casting: Dylan Minnette, Piercey Dalton, Sharif Atkins, Aaron Abrams, Patricia Bethune, Leigh Parker

Suite à un drame familial, une mère et son fils emménagent dans une maison, dans les montagnes. Mais rapidement des phénomènes inexpliqués surgissent... Paranormal ou intervention humaine malveillante?


Logan est voué à une carrière dans l'athlétisme. Des parents au bord de l'implosion mais qui tentent de gérer la situation avec dignité, en épargnant Logan. Jusqu'à ce soir là, sur le parking de la supérette: père et fils devaient acheter du lait et des oeufs, seul le fils reviendra...

A eux deux, Naomi et Logan ne peuvent rester dans leur maison. La soeur de Naomi propose de loger quelques temps dans la maison montagnarde, le temps de se retaper un peu. Dès leur arrivée, l'étrange voisine Martha et le sympathique Chris vont rapidement devenir les plus proches personnes aux alentours. Ce n'est sans compter sur la maison, qui n'a pas dit son dernier mot...


La base du film Les autres avec l'isolement et l'apparition inopinée de gens, sur fond de Paranormal Activity pour des appels anonymes, des grincements, des chants de Noël surgissant de nul part, un sous-sol où semble venir des murmures, des portes qui se ferment toutes seules... Les poltergeist en moins.

La musique se prête parfaitement au film. Des roulements telluriques avec des cordes et en fait il y a juste la voisine qui apporte un cake à la banane. Puis un souffle d'air et une vision. Le rythme est pour le coup perturbant car souvent en décalage. Mais parfois il y a bien l'annonce d'un évènement bizarre.


A voir: pour une ambiance oppressante sans clichés de poltergeist (la limite entre le réel, la paranoïa et le paranormal est assez fine)

A zapper: si vous ne voulez pas devenir insomniaque

samedi 10 novembre 2018

"The cloverfield paradox" de Julius Onah

Casting: Zang Ziyi, Elizabeth Debicki, Gugu Mbatha-Raw, David Oyelowo, Daniel Brühl, John Ortiz, Chris O'Dowd, Aksel Hennie

Après un accident avec un accélérateur de particules, une station spatiale découvre que la Terre a disparu. A moins que ce ne soit eux qui aient disparus...? Les résidents de la station vont être confrontés à une étrange présence: une autre station spatiale, toute proche de leur position.


Les énergies sur terre sont soumises à restriction, d'ici à cinq ans il n'y aura plus du tout de source d'énergie. Les coupures d'électricité sont régulières. Une station spatiale tente de trouver une source inépuisable d'énergie et ainsi sauver les populations. Sauf qu'au bout de deux ans et plus de 140 essais, il n'y a toujours aucun résultat probant... Jusqu'à ce énième essai, où l'énergie semble enfin stabilisé, jusqu'à un certain point de rupture, projetant la navette spatiale ailleurs... Et voici une nouvelle passagère, qui semble connaître tout le monde, alors que personne de l'équipage ne la connaît. Ce n'est que le début !


Les langues alternent entre l'anglais et le chinois. Nous découvrons en même temps que les passagers, le phénomène du paradoxe de Cloverfield : différentes dimensions temporelles qui interagissent entre elles, et s'implantent. D'où l'apparition Jensen, un bras aspiré par un mur ou encore le fait que la station ait été déplacée. Nous découvrons les flash informations depuis la navette spatiale, mais aussi des images depuis la terre.


Le problème temporel est flagrant: dans la navette ils ont l'impression de vivre une semaine, alors que sur Terre il s'est passé 14 mois. Les informations sont contradictoire: dans une dimension une famille est morte, alors que dans l'autre tout le monde est encore en vie. Ce qui perturbe tout le monde, mais ils arrivent à garder la tête froide du mieux possible.


A voir: pour un phénomène scientifique logiquement expliqué sans tomber dans des démarches barbantes

A zapper: si le coup des interactions spatio-temporelles ce n'est pas votre tasse de thé (ou de café)

vendredi 9 novembre 2018

« Foutez-vous la paix et commencez à vivre » de Fabrice Midal

Cessez d’obéir, vous êtes intelligent - Cessez d’être calme, soyez en paix - Cessez de vouloir être parfait, acceptez les intempéries - Cessez de rationaliser, laissez faire - Cessez de vous comparer, soyez vous-même - Cessez d’avoir hôte de vous, soyez vulnérable - Cessez de vous torturer, devenez votre meilleur ami - Cessez de vouloir aimer, soyez bienveillant 


Déshumanisation au travail au bénéfice de la rentabilité. Formation qui nous fait ingérer puis recracher les mêmes notions pour tout le monde. « Think different » dit Apple, qui vend les mêmes  produits partout dans le monde. Et si nous nous autorisions à relâcher les barrières qui sont imposées pour se sentir bien, ou en tout cas mieux? Certes les normes sont nécessaires mais dans certains points nous pouvons prendre du recul, accepter les émotions qui nous traversent, plutôt que de tout le temps afficher un masque lisse. En tant qu’être humain nous avons des passages en mer calme et parfois des tempêtes.

Comme l’écrit Fabrice Vidal, « je sais me torturer moi-même »: il n’est pas nécessaire de rajouter un carcan. Nous faisons face à un ordre mais nous finissons par obéir de mauvaise grâce. Les proches ont des projets pour soi. Au final, comme l’a couché sur papier l’auteur, nous sommes « une cocotte-minute prête à imploser ». Prenons le courage d’affirmer vouloir faire quelque chose qui plait à soi et ainsi s’épanouir, affirmer le fait d’être unique car à moins d’être « un psychopathe ou mort » nous avons des envies et des émotions. Il n’y a pas mille échec mais mille façon d’arriver à son objectif. Tolérons-nous en tant qu’individu plutôt que comme machine sur pattes. Votre vécu, vos expériences vont vous faire sentir bien à condition d’au moins les tolérer.

Fabrice Vidal pose des questions justes. Le conseiller d’orientation propose une voie  A et une voie B, mais si vous voulez passer par T puis R pour arriver à votre point personnel et à 15ans pensez-vous vraiment savoir ce que vous voulez ? Pourquoi ne pas faire un BTS ventes puis une licence en restauration (pour synthétiser)? Qu’est-ce qui fait dire vos parents que vous voulez reprendre absolument l’affaire familiale? Les bulletins « peut mieux faire » mais faire mieux que quoi? Pourquoi est-ce qu’on s’autoflagelle alors que nous somm bienveillant envers nos amis?

"Master & Commander: de l'autre côté du monde" de Peter Weir

Casting: Russel Crowe, Paul Bettany, Billy Boyd, James D'Arcy, Lee Ingleby, Georges Innes, Mark Lewis Jones, Chris Larkin

1805, ère napoléonienne. Le capitaine Jack Aubrey est une des figures les plus emblématiques de la Marine Royale Britannique. Le Docteur Stephen Maturin est son opposé de tempérament: chirurgien, chercheur, naturaliste passionné. Leur point commun: la musique classique. Attaqué par le navire français Achéron, le Surprise est gravement endommagé et perd une bonne partie de son équipage. Sourd aux conseils de prudence, obstiné, Jack se lance à la poursuite de l'ennemi, peu importe le prix à payer. Du Brésil aux Galapagos, en passant par le Cap Horn, la quête tourne à l'obsession...


L'Achéron est le type de navire à la pointe de la marine: le design de la coque permet de limiter les dégâts lors d'attaques, le tirant d'eau est différent, la voilure importante provoquant une vitesse plus rapide que les autres navires... Le rêve d'en devenir capitaine et de trouver le point faible car tout navire a forcément un point faible.

Cette soif maritime aura plusieurs obstacles. Et le plus évident: s'emparer de l'Archéon. La grogne de son ami Stephen aura-t-elle raison de l'entêtement de Jack? Il est un très bon capitaine de frégate, ce qui est indéniable, mais jusqu'où aller et quand s'arrêter? La navigation est l'occasion idéale pour Stephen d'étudier la faune et la flore rencontrée au gré des territoires: pourra-t-il mener à bien ses études?


Un film bourré de testostérone: l'équipage est exclusivement masculin, il rencontre d'autres équipages uniquement masculins, les seules femmes qui s'approchent du navire sont lors du ravitaillement au Brésil. La terre ferme est très peu présente: d'où la présence de poules et briquettes à bord, il faut bien se nourrir ! Quelques produits frais sont récupérés lors d'escales très courtes.


A voir: pour un film qui mêle action, environnement et stratégie maritime bien loin des pirates de Pirates des Caraïbes

A zapper: si vous préférez l'humour pirate arrosé au rhum de Pirates des Caraïbes

mercredi 7 novembre 2018

"Agatha Raisin enquête (3): pas de pot pour la jardinière" de M.C. Beaton

De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d'une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu'amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes des jardins de Carsely s'annonce déjà comme un triomphe. Mais une Agatha Raisin ne s'incline pas avant d'avoir combattu (quitte à se livrer à l'une de ses petites supercheries peu reluisantes dont elle a le secret) ! C'est alors que la belle Mary est retrouvée morte, enfoncée tête la première dans un de ses grands pots de fleurs. De toute évidence, Agatha n'était pas la seule à souhaiter la disparition de sa rivale.


Elle a le don de se fourrer dans des situations pas possible et à mettre son nez où il ne faut pas (alors qu’on lui dit de rester dans son coin). Elle? Agatha Raisin ! Après une quiche (achetée chez un traiteur pour un concour fait maison) et s’être intéressée à un vétérinaire (un peu trop charmeur), la voici à se fournir en plante dans une pépinière pour le concours des jardins (travaillés à sa dure labeur et patience). Agatha va tout de même y mettre de la volonté en s’inscrivant au groupe d’horticulture présidée par la nouvelle habitante : Mary Fortune (qui flirte sans se cacher avec James).

Enquête, ragots et végétaux : le trop de ce troisième roman des aventures d’Agatha Raisin. Une maison semble vouée à la violence, mais pas de quoi inquiéter le village. À part qui peut s’en prendre aux habitants et les potins sur le prochain événement qui animera le village (tombola? Emmener des personnes âgées au  bord de la mer?...). Mais des saccages de plantes et l’arrivée de la fille de Mary vont boulverser le rythme plaisible de la campagne anglaise.

Les relations restent constantes, avec les hauts et les bas. Les cancans, le pub, le nouveau restaurant qui a ouvert quelques jours auparavant... Chacun avec ses propres susceptibilités et envies d’accomplissements. Agatha Raisin n’est pas l’enquêteice au cerveau carburant à 200 à l’heure. La vie est tranquille jusqu’au drame. Un endroit où tout lecteur pourrait s’imaginer être, tout le monde pourrait être le voisin et nous pourrions être l’enquêteur.