Sorties

Edito Décembre 2018

Merry Christmas and a happy new year: voici les sons qui vont résonner tout du long de ce mois de fêtes de fin d'année. Avec la PAL et PAV 2018, retrouvez les points forts culturels de l'année écoulée et peut être une idée ou deux pour un cadeau. Dernier édito de l'année 2018, rendez-vous en janvier 2019 pour un nouveau souffle culturel et éditorial !

mercredi 31 janvier 2018

"Hot Love Challenge (1/3)" de Cécile Chomin

Hot, comme Julien, alias mon boss terriblement sexy, qui est aussi l'être le plus odieux et le plus détestable du monde. Julien, qui m'oblige à le vouvoyer et alors qu'on se connaît depuis l'époque où on était bourrés d'hormones et de boutons, et qui, accessoirement, est également l'heureux invité du mariage de ma meilleure amie Sophia.
Love, parce que je suis réquisitionnée à J_7 pour aider Sophia dans les derniers préparatifs de son mariage - privilège ô combien réjouissant réservé à mon statut de témoin. Sophia est folle amoureuse de son futur mari. Et folle tout court, ce qui laisse présager une semaine très, très chaotique. Surtout avec Julien dans les pattes.
Challenge, comme le défi que me lance la vie pour les sept jours à venir: assurer en tant que témoin, ne pas étriper Julien. Ah, et surtout: ne pas coucher avec lui.


Des amis de longue date aux parcours variés. Quitter sa ville natale, partir loin et revenir mais pas dans sa ville d'origine. Et se retrouver face à un ami, que l'on a connu quinze ans auparavant, qui joue au boss tyrannique, les boutons en moins: les tensions sont là, mais le boulot fonctionne bien. Les amis, pour sortir, un mariage en perspective. Tous les éléments sont là: un travail compliqué à cause d'un boss ancien ami, les amis pour des pierres qui jalonnent la vie, cela va du débriefing d'une journée ou être témoin d'un tournant comme une grossesse ou un mariage.

Nous ne sommes pas dans l'ambiance cul toutes les cinq pages comme "50 Nuances" d'EL James mais ce n'est pas non plus la prude attitude de "Twilight". Ici, nous avons des adultes qui ont plus ou moins la stabilité d'emplois, plus ou moins de perspectives de couple et d'enfants, plus ou moins d'affirmation de soi face à la famille.

Elle en a marre de se laisser marcher sur les pieds. Il récupère l'entreprise paternelle, n'arrive pas à gérer sa mère. Ils se vouvoient. Bref. Ce n'est pas du tout gagné pour ces deux là, mais il ne faut jamais dire jamais. Des relations fortes, que ce soit en complicité ou en opposition, sans jamais avoir de mots grossiers. L'intimité est survolée, il n'y a pas besoin de détails.

lundi 29 janvier 2018

Tom Sawyer

Pour la première partie de la série, édition intégrale de 49 épisodes, il y a les 14 premiers épisodes. Chaque aventure dure 25 minutes, idéal pour garder l'attention des enfants sur un temps relativement court, et pour permettre aux plus grands de regarder plusieurs épisodes à la suite dans la soirée quand les plus petits dorment.

Le cochon sauvage - Jeu de main jeu de vilain - Un grand amour - Sortilège - Becky - La maison de Huck - La rivalité - Panique à bord - Les enfants de Tante Polly - Le trésor - Les pirates - Le professeur - Je veux être pirate - Les pirates ne vont pas à l'école


L'instit qui veut devenir médecin. Tom qui arrive toujours en retard à l'école, et abonné aux corrections à coups de fouets. Huck, le gamin sans attaches, qui rêve de sa maison en haut d'un arbre alors qu'il a trop chaud dans son tonneau. Joe l'Indien aussi, qui en impose par sa carrure.

C'est aussi le bateau à vapeur qui attire les enfants. Le retour de la cousine de St Louis, l'arrivée de Becky. Attraper un cochon sauvage (un sanglier) est plus intéressant qu'être puni au coin.


L'influence de la religion catholique est importante: la messe le dimanche, la prière du repas. Sur cette lancée, il y a des légendes: un trésor de pirates, répéter le même voeu 100 fois dos à la lune pour que ça se réalise... L'entraide a aussi une part importante: Cid va protéger Tom d'être fouetté par l'instit alors que Tom s'amusait avec Becky, Huck et Tom vont sauver un papi alcoolique...


Les liens amicaux et familiaux sont très présents. Une promesse est une promesse, comme repeindre une palissade. Les mensonges ne sont pas les bienvenus, Becky le fera comprendre à Tom lorsque ce dernier à fait croire que la Tante était malade. Le vol aussi est réprimé: Joe l'Indien se retrouve face au Shérif pour une histoire de pelles...


Chaque personnage apporte quelque chose. Il y a Cid l'intello, le rondouillard, Tom le rêveur, Huck qui incarne la liberté, la fille convoitée, la Tante qui monte rapidement sur ses grands chevaux, la cousine qui tente de ménager le chou et la chèvre...


L'eau se prend au puis. L'hameçon s'achète à l'unité. Les plats se cuisent sur un four. Les maisons sont en bois et les bateaux à vapeur. Les chevaux tirent les carrioles. Les routes sont en terre. Les jardins sont verdoyants et fleuris.


Pour le deuxième DVD, ce sont les épisodes 15 à 28.
Ah l'aventure - Les pirates broient du noir - Il y a des jours comme ça... - La réconciliation - Le concours de grenouilles - Le concours de Mr Dobbins - Le début des vacances - Le charlatan - Partie de pêche - Huck porte la cravate - Un garçon obstiné - Lisette - Le lever de rideau - Aider Lisette

Tom se met en tête de devenir pirate, ce qui vaudra sa disparition pendant une semaine, avec deux amis: il réapparaîtra lors de son éloge funèbre. Le crâneur de service avec sa grenouille meilleure sauteuse se montre mauvais joueur: une autre grenouille arrive au même niveau que la sienne, ce qui ne lui plaît pas. Mr Dobbins chaque un secret: en plus de préparer médecine, il a un souci capillaire.


Pendant les vacances, la Tante impose à Tom de lire quelques pages de livres, alors qu'il a aidé pour apporter les baquets d'eau à la maison. Tom décide tout de même de sortir jouer, sauf que la pluie arrive... Le début des vacances ne plaît pas au garçon. Alors qu'il attend que Cid finisse de lire pour jouer tous les deux, Cid tombe malade... Tom s'inquiète. Et il suffit qu'il y ait les vacances pour que Tom se lève tôt, alors qu'il faut le tirer du lit pour aller à l'école.

L'amitié se renforce, et la famille a une place plus importante: Tom veut se rendre un peu plus utile (en tout cas pendant les vacances), les écoliers se lancent des paris mais jouent plus ensemble à la récréation (même si ce sont des concours de sauts de grenouilles). A l'école, les sévices corporels continuent à coups de fouets, et à la maison il y a toujours les bénédictions à chaque début de repas. Quant à Huck, il est candidat malgré lui à l'adoption...


Le troisième coffret va de l'épisode 29 à 42. Au revoir Lisette - Le père de Huck - Le chandelier - De l'or ! De l'or ! - La fuite vers la liberté - L'homme qui venait du froid - Tom veut voler dans le ciel - Volera, volera pas? - Au revoir Arthur - Le drame - Une question de confiance - Le procès - L'indésirable - Un joyeux voyage - Un cheval blanc - La capture - Liberté - La maison hantée - La fin de Joe l'indien - Tout est bien

La montgolfière d'Arthur est vue comme un sacrilège: vouloir voler dans le ciel, c'est blasphémer Dieu. Mais la curiosité est la plus forte: la montgolfière fait poser des questions, dont Tom qui ne laisse aucun répit au pilote.


Le meurtre du nouveau médecin, le Dr Robinson, dont Huck et Tom ont été témoin malgré eux, accuse Muff l'ivrogne du village. Que faire: refouler provoque des insomnies et cauchemars aux deux enfants, se dresser contre Joe l'indien lors du procès et prendre la défense de Muff? La cousine travaille pour le cabinet médical.


Le dernier coffret comprend les épisodes 43 à 49: Un cheval blanc - La capture - Liberté - La maison hantée - La grotte des soupirs - La fin de Joe l'indien - Tout est bien.

Tom est en mission de Tante Paulie: apporter des documents importants pour une tante éloignée de Tom. Ce qui est l'occasion pour Tom de voyager en bateau. Le père de Huck rôde dans les parages, au grand damne du garçon. Joe l'indien est en cavale mais jusqu'à quand?

Tom se lance dans l'équitation, et les débuts sont très épiques. Huck se fait passer pour Cid lors d'un séjour dans la famille de Tom. Un cheval blanc se fait attraper, car il a une certaine réputation.


Tout au long des épisodes, certains enfants portent des chaussures tandis que d'autres sont pieds nus. Les costumes sont quasi identiques d'un jour à l'autre. C'est la vision de l'amour aussi, des fiançailles: un côté enfantin. C'est vraiment une époque différente: un enfant vit seul et ne va pas à l'école, les services sociaux ne semblent pas s'en préoccuper, d'autant plus que Tom ne se cache pas d'être ami avec Huck.


dimanche 28 janvier 2018

"Pentagon Papers" de Steven Spielberg

Casting: Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson, Bob Odenkirk, Tracy Letts, Bradley Whitford, Bruce Greenwood, Matthews Rhys 

Première femme directrice de la publication d'un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s'associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d'Etat monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernant les manoeuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d'années, destinée à étouffer des affaires très sensibles... Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis...


Les premières minutes se déroulent pendant la guerre du Vietnam et les annonces de politiciens par rapport à la paix. Nous arrivons au début des années 1970, le Washington Post tente de tenir la barre: pas au bord de la faillite mais pas non plus au top. Katharine Graham prépare l'entrée en bourse du journal, dont elle a hérité à la mort de son mari.


Des documents et articles circulent sur certaines magouilles politiciennes au courts des dernières décennies. Que faire alors que le Washington Post n'a pas assis une place dans les ventes, que le New York Times vient de se faire épingler par un Juge, et qu'au court de la première semaine en bourse tous les investisseurs du Washington Post peuvent se rétracter ce qui serait la fin du journal? La liberté de la presse est engagée, mais en même temps l'avenir d'une entreprise est en jeu.


Un casting important et un réalisateur qui n'est plus à présenté, sur un sujet historique: "Pentagon Papers" est forcément attendu au tournant. Et il est à la hauteur.

// Cas de conscience, des documents classés Top Secret, les pros et contres publication ont des arguments qui se tiennent, des journalistes qui intriguent, les avocats qui se pointent, le Président qui s'énerve au téléphone: un film qui laisse peu de répit.

// Les coiffures et tenues respectent l'époque. Meryl Streep arbore une coupe au dessus de l'épaule, qui tire légèrement vers le gris: non sans rappeler le gris intégral de la tyrannique chef de magasine dans "Le diable s'habille en Prada".

// Tom Hanks a déjà travaillé avec Steven Spielberg pour "Le pont des espions", il est aussi connu pour sa performance de solitaire survivant dans "Seul au monde", il a aussi été dans les adaptations des romans de Dan Brown "Da Vinci Code" et "Anges et Démons": autant dire, du lourd.

// Nous voyons l'envers de l'imprimerie: la préparation des mots et le positionnement sur les machines, la vérification des textes, trouver un sujet, envoyer un espion... C'est aussi le téléphone à l'ancienne, avec l'écran où les chiffres se tournent.


Ma note: 4,75/5 le film se termine sur la note "il y a une intrusion au WaterGate": les ennuis vont continuer, "Pentagon Papers" n'en est que le début, mais chaque chose en son temps. Les personnages campent sur des points de vue, ce qui donne des dialogues animés et constructifs: les décisions se prennent avec un engagement certain.


jeudi 25 janvier 2018

"La bibliothèque perdue de l'alchimiste" de Marcello Simoni

Printemps 1227. Blanche de Castille, la reine de France, disparaît sans laisser de trace, victime d'un enlèvement. Aussitôt, la rumeur d'une intervention du Diable se répand dans les royaumes de France et d'Espagne. Face aux risques de soulèvements engendrés par la vacance du pouvoir, le roi d'Espagne, cousin de Blanche, convoque Ignace de Tolède pour découvrir la vérité. Ce marchand de reliques, à la sulfureuse réputation de nécromant, s'aperçoit rapidement que la mission royale n'est pas sans desseins inavoués. En effet, le destin de la souveraine semble étroitement lié à La Tourbe des Philosophes, un manuscrit maudit qui suscite bien des convoitises tant son pouvoir est infini: il livrerait le Mystère de l'Alchimie...


L'époque de l'obscurantisme, face à des individus qui posent des théories visant à relativiser ces théories. Les manipulations de pouvoirs se positionnent face à ces deux avancées: la dominance de la religion, des rôles des uns et des autres; face à une minorité qui tente d'au moins balancer (à défaut d'imposer) la vision imposée, qui joue sur la peur.

L'enquête de quelques hommes, dont le nombre peut se compter sur les doigts d'une main, va démontrer cet équilibre et non une idée unique. Réfléchir plutôt que d'avancer comme on le dit. Nous ne sommes pas dans une approche de religion pure (bien que les idées de l'Enfer et de Lucifer jalonnent les dialogues et les questionnements personnels), mais plutôt dans l'évolution de la science.

Il s'agit aussi d'intrigues politiques. Au premier abord, un enlèvement: celui de Blanche de Castille, qui est une figure majeure. Mais rapidement, les individus chargés de la libérer, vont avoir de sérieux doutes et partir sur une autre piste, celle qui semble être la ligne qui suit Blanche de Castille de près. Au gré des rencontres, des suspicions vont naître, les alliés s'avéreront plus ou moins liés à l'alchimie. En fait, la question qui se pose est la suivante: qui est qui? Sur fond d'intérêts personnels: utiliser une découverte scientifique.

Des symboles ou des plans sont dessinés au fil des pages, d'autres sont simplement décrits (les bannières fou un pendentif par exemples). L'équilibre entre croquis et descriptions est très bon: nous avons en visuel des éléments qui permettent d'imaginer le reste.
L'alchimie est développée de façon intéressante: les métaux sont naturels, mais il est possible d'en créer. Comme de nos jours il y a la machine à éditer des billets, à l'époque il était possible de couler de la monnaie.

dimanche 21 janvier 2018

"Hantée" de Christina Lauren

Delilah Blue n'a d'yeux que pour Gavin. Le regard ténébreux et la silhouette toujours parée de noir, le garçon a l'air de sortir tout droit de l'univers sombre et - il faut l'avouer - franchement tordu de ses dessins. Tout chez lui est bizarre, jusqu'à la vieille bâtisse dans laquelle il vit, qui donne une sorte de cachet inquiétant à leur petite ville. Lorsque Gavin décide d'emmener Delilah chez lui, un privilège exceptionnel, elle découvre avec stupeur que les lieux semblent capables de communiquer. Cheminée, par exemple, allume sur demande son propre feu. Lit s'agrandit selon les exigences de Gavin, et Piano lui a appris à jouer lorsqu'il était petit. Très vite, Delilah va comprendre que ce qui vit ici n'est pas humain... A quel prix gagnera-t-elle le droit d'aimer le propriétaire de ces lieux tourmentés?


Il y a deux types de Young Adult: celui assez mature et violent comme "Hunger Games" et "Le labyrinthe", et celui plutôt chaste à la "Twilight". Cette histoire, "Hantée", propose une troisième catégorie de Young Adult: le mysticisme doucereux à la sauce Disney. Je m'explique.

Cette maison est littéralement vivante, à sa façon: nous retrouvons ici le côté "Belle et la Bête", à savoir que les meubles sont vivants, sans pour autant pouvoir parler. La température va permettre de savoir si la pièce est contente, ou pour soigner lorsque quelqu'un est malade. Le goûter est toujours prêt au retour de l'école. Sauf que le propriétaire, Gavin, vit sans parents: c'est toujours Maison qui s'est occupée d'assurer le bon fonctionnement des lieux. La nourriture est livrée à intervalles réguliers. Personne ne semble s'inquiéter qu'un mineur soit en autosuffisance: Maison diffuse des énergies qui dissuadent toute personne mal attentionnée.
Delilah, au début, est acceptée par Maison. Mais une phrase va provoquer des désastres en chaîne: "Gavin, et le jour où tu partiras, à l'Université par exemple". Maison ne l'entend pas de cette oreille: Gavin lui appartient. Point. Maison va alors tout faire pour chasser Delilah. Gavin va alors douter des bonnes intentions de Maison et chercher à comprendre ce qui s'est passé avec ses parents, à entrevoir un avenir ailleurs que dans les mêmes murs où il a toujours vécu.

L'idée de base est très bonne: la mère a voulu baptiser le lieu de vie, sauf que le rituel va dégénérer. Elle même en fera les frais, pas seulement son fils Gavin. Du mysticisme mal appliqué. Sauf que cet aspect est totalement absent de la trame. Quelle incantation a été évoquée, quelle était celle qui aurait dû être chantée? Pourquoi la mère a voulu appeler la vie chez elle? L'hindouisme est très rapidement évoquée, mais cela n'en dit pas plus sur les intentions initiales. La mère n'explique jamais ce qui s'est vraiment passé, même si quelques feuilles ont été trouvées dans un coffre fort.
C'est aussi la facilité avec laquelle Delilah accepte que la maison soit vivante. Elle est attirée par le morbide et ses parents parlent de tout sauf de leur fille: tant que Delilah va en cours, fait ses devoirs et quelques tâches domestiques, est à la maison avant le couvre-feu, pourquoi s'intéresser plus que ça à ce qui se passe dans sa vie.

Ma note: 3.5/5 les meubles parlent ("La belle et la bête"), un garçon un peu bizarre dans une petite bourgade (Forks et vampires de "Twilight"), une fille qui trouve ça chouette une maison vivante (tout juste 2 page des réticences). Il manque l'histoire de cette incantation mal faite et ses conséquences pas à pas installées. L'idée du spiritisme est bonne, le duo Gavin / Delilah est évident.

mercredi 17 janvier 2018

"Le courage qu'il faut aux rivières" d'Emmanuelle Favier

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes: travailler, posséder, décider. Manushe est l'une de ces "vierges jurées": dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l'arrivée d'Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.

Une ambiance feutrée et violente, des traditions qui pèsent et donnent du respect et un cadre. L'évolution de la société avec l'arrivée des feux tricolores par exemple. Une enfance brisée car l'enfant né n'est pas garçon mais fille, donc après déjà plusieurs filles, forcément, ça passe mal: vient alors l'errance et une possible pause dans un village.

Je m'attendais à tout sauf à ça par rapport à Adrian, cet homme qui arrive soudainement au village et qui se fait héberger par Manushe. Cette dernière voit ses voeux remis en question. Adrian va payer le prix fort d'avoir caché son passé. Adrian n’est pas ce qu’il prétend être: mais a-t-il tué, volé, commis un crime qui lui a valu d’être bani d’une tribu?

Face aux obstacles, l'eau s’ouvre un nouveau chemin. Ce qui est le cas d'Adrian: née fille alors que les parents voulaient un garçon, Adrian a dû se battre, a été brimé et finalement a fuis sa condition. Mais sous quelle identité Adrian s'est reconstruit? Quelles ont ses les rencontres qui ont permis de se reconstruire, d'aspirer à l'équilibre intérieur?

samedi 13 janvier 2018

"Les intrus" de Michael Marshall

Depuis qu'il a quitté la police de Los Angeles, Jack Whalen s'est retiré près de Seattle pour se consacrer à l'écriture. Mais le jour où un ancien ami devenu avocat, Gary Fisher, lui demande son aide dans une obscure affaire de double homicide, des événements étranges surviennent dans la vie de Jack: sa femme disparaît lors d'un voyage il reçoit des appels anonymes et un homme armé le menace. Jack suspecte très vite que l'affaire de Gary et la disparition de sa femme sont liées. Son enquête le mène dans un vieux bâtiment désaffecté sur les traces d'une petite fille et d'individus au comportement anormal...


Un ex policier qui tente de trouver l'inspiration pour son deuxième roman, une femme adorable aux petits soins qui travaille dans une entreprise de pub. Jusqu'à ce double homicide: madame et son fils sont tués, le mari est introuvable. Et la femme de Jack commence a des cauchemars de plus en plus fréquents et des absences. A quoi est dû ce revirement de comportement? D'autant plus étrange qu'une fillette de neuf a les même symptômes que madame, sauf qu'elles n'ont aucun lien de parenté. Troubles psychologiques, des tests scientifiques ou une confrérie?

Le lecteur tente de comprendre, malgré l'absence de liens entre les personnages, ce qui peut faire que les troubles psychologiques se déclenchent à quelques mois près et dans des zones géographiques éloignées. Avoir fréquenté les mêmes lieux, ont-ils la même zone géographique de résidence, ont-ils un accident de la route en commun...? Rien de tout ça. C'est bien plus profond, bien plus ancien. Un réseau.

A quel moment faut-il s'inquiéter: jusque un moment de préoccupations qui font que l'on est tête en l'air, ou un phénomène sur du moyen ou long terme? Y a-t-il un passif psychologique familial, un surmenage? Un changement d'attitude fait s'interroger, mais il ne faut pas toujours s'inquiéter: quelle est la ligne à franchir? Surtout que même le mari va finir par s'engager sur une pente dangereuse: le contexte porte à croire que sa femme a vraiment des ennuis.

mardi 9 janvier 2018

"Jeu blanc" de Richard Wagamese

Il faut que Saul Indian Horse raconte son histoire, qu'il se remémore son enfance rythmée par les légendes ojibwés, la récolte du riz et la pêche; son exil l'hiver de ses huit ans et son adolescence, passée dans un internat où les Blancs font tout pour effacer en lui son indianité. C'est pourtant au coeur de cet enfer qu'il trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, Saul réussit à rejoindre l'élite du sport national, mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970.


Les premiers instants sont très inspirés, très inspirants: les légendes, les saisons, la défiance vis à vis de l'école, les soins traditionnels, la langue originale... Puis tout cela s'effondre: la perte des parents, du frères et de la grand-mère vont réduire Saul à néant: le voilà propulser dans un internat religieux, qui fera tout pour casser les rites et les origines de Saul, mais aussi de bon nombre d'enfants de la même tranche d'âge. Suicide, sévices corporels: le salut de Saul sera dans le hockey, mais la personne qui va l'initier sera également un geôlier...

L'issue par la personne qui vous tend le bâton, une famille d'adoption qui va aider à prendre un premier souffle salvateur, puis accepter son passé: Saul va connaître un parcours riche en histoire, en drames, mais aussi en belles rencontres. Un parcours semé d'embuches mais tout n'est pas complètement obscur: des rayons jalonnent le parcours.

Au-delà d'une enfance difficile, c'est le racisme entre les blancs et les personnes à la peau mat. Ce racisme va surtout se voir lors des matchs de hockey sur glace (le "jeu de blancs"): les brimades orales et physiques, malgré un talent évident.

Le lecteur peut parfaitement s'imaginer les plaines, entendre les langues locales, imaginer les mineurs sortir du travail et les bûcheron abattre leurs arbres, écouter le bruit des patins sur la glace et les chocs des cross du hockey, voir les larmes. Les légendes indiennes viennent aux oreilles, imprègnent le rythme de la vie de Saul et des proches.

samedi 6 janvier 2018

"Lola, petite, grosse et exhibitionniste" de Louisa Méonis

Auteur de romans érotiques la nuit et, le jour, assistante d'une chef aussi tyrannique que botoxée pour une grosse boîte new-yorkaise: jusque-là, je ne m'en sortais pas trop mal - enfin, si on oublie le désert de ma vie sentimentale qui se résumait à de ponctuels tête-à-tete romantiques avec Jeannot-le-vibro. Mais il a fallu que mon PDG décède (l'égoïste !) et que son fils débarque dans nos bureaux pour le remplacer. Joseph Hamlish n'est plus, vive Jérémy Hamlish ! Alians M. l'héritier-et-fier-de-l'être, alias M. je suis un dieu vivant - ou "gare à vos culottes" pour les intimes. Et c'est là que tout s'est compliqué. Parce que moi, j'ai beau être une fille bien sous tous rapports, le jour où je me suis retrouvée dans un ascenseur avec l'incarnation de mes fantasmes, forcément, j'ai dépassé les bornes. Et le pire c'est qu'aujourd'hui, je n'ai qu'une envie: recommencer.


1,59m pour 65kg: voici l'héroïne de cette histoire. Sa vie intime est très calme, tandis qu'au travail c'est un autre ton: une chef tyrannique, passée par la case chirurgie, un collègue-ami gay en phase existentielle (demander ou pas son conjoint en mariage?). Tout va basculer lorsque le big boss va trépasser, et l'héritier pointer le bout de son nez: rien de tel pour Lola que de se mettre quasi nue (pour se changer) dans l'ascenseur, aux côtés dudit nouveau PDG. Et c'est le début de la fin: il va montrer un vif intérêt pour Lola, au détriment des poupées Barbie qui arpentent les bureaux et qui font de l'oeil à cet homme.

Lola assure l'écriture de livres pour adultes, d'ailleurs quelques petites références à "50 nuances" au tout début de l'histoire; une référence aussi lorsque le nouveau patron arrive: il a les yeux gris. L'évolution de la relation avec Joseph va inspirer Lola pour l'écriture: les hauts et les bas vont influencer les destins des personnages, sans oublier les rêves de Lola aussi.
C'est aussi la famille. Quelques anecdotes des vacances viennent ponctuer le récit des aventures de Lola. Le lecteur découvre pas à pas avec qui Lola a grandit et ce que sont devenus les membres de la fratrie.

Le côté exhibitionniste est peu présent: une scène dans l'ascenseur et dans une ruelle à l'heure de pointe dans la ville. Pour le coup, on reste sur du soft dans la réalité. C'est surtout l'écriture du roman et les rêves qui permettent ce côté excentrique. Nous restons quand même à part de "50 nuances": il y a de l'intimité, certes, mais beaucoup moins détaillées que la saga d'E.L James. D'autant plus que l'histoire évolue rapidement sur de l'action: l'intimité compte pour le premier 1/3 de l'histoire, et à chaque fois quelques lignes.
Petite oui, elle n'atteint pas le mètre soixante: comme le souligne Lola, c'est compliqué pour atteindre la boîte de conserve en haut des étagères au supermarché.
Grosse, comme Lola le met en avant, elle est boulotte. Lola ne résiste pas aux cupcakes et muffins, en plusieurs exemplaires à chaque fois. Même son chat est en surpoids.

Pour résumer "Lola..." c'est une histoire qui va passe de l'écrivaine érotique qui mange hyper sucré et qui a quelques problèmes relationnels au travail et dans le privé, à un roman d'action pour finir par un mariage et une grossesse.

mercredi 3 janvier 2018

"Origine" de Dan Brown

Robert Langdon, le célèbre professeur en symbologie, arrive au musée Guggenheim de Bilbao pour assister à la conférence d'un de ses anciens élèves, Edmond Kirsch, un éminent futurologue spécialiste des nouvelles technologies. La cérémonie s'annonce historique car Kirsch s'apprête à livrer les résultats de ses recherches qui apportent une réponse stupéfiante sur l'origine et le futur de l'humanité. Mais la soirée va brusquement virer au cauchemar. Les révélations de Kirsch risquent d'être perdues à jamais. Contraint de quitter précipitamment Bilbao, Langdon s'envole pour Barcelone en compagnie d'Ambra Vidal, la directrice du musée. Ensemble, ils vont se lancer en quête d'un étrange mot de passe qui permettra de dévoiler au monde la découverte de Kirsch.


Le binôme Dan Brown / Robert Langdon n'est plus à présenter, ni les analyses de symboles assez poussées jalonnant les enquêtes: Da Vinci Code, Le symbole perdu, Forteresse Digitale... Les bases sont en béton armé, une évolution crescendo sur fond de suspens et de courses poursuites.

Bref. Nous voici en Espagne, le fils unique du Roi est sur le point de prendre la succession du patriarche, sur son lit de mort, malade. Il a fait sa demande au mariage alors que madame la roturière intervenait sur un plateau télé. Langdon visite une exposition avant d'assister à l'intervention de Kirsch, et la soirée va tourner à la catastrophe: Kirsch va se faire tout simplement descendre. Et c'est parti pour Langdon et Ambra: trouver le mot de passe pour mettre à jour le fin mot de la conférence, suivi par des centaines de milliers de personnes, en direct.

Il va falloir analyser des livres, déchiffrer des stickers sur des pare-brises de voitures, démêler le faux du vrai parmi la garde royale et l'archevêque conseiller du Roi. Même le Roi et le fils sont soupçonnés. Même le lecteur ne sait plus qui croire parmi les gentils et les méchants. Au final, s'agit-il d'un sujet religieux ou d'évolution de l'humanité, ou les deux?

Des symboles sont dessinés et expliqués. L'histoire du catholicisme est retracée en fonction de la trame de l'enquête, sans s'éparpiller. Une histoire additionnelle, pour ne pas oublier que la vie continue à côté: l'histoire d'amour entre le Prince et la Roturière (qui rappelle la Royauté britannique soit dit en passant).

lundi 1 janvier 2018

"Les filles au lion" de Jessie Burton

En 1967, cela fait déjà quelques années qu'Oodelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s'y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d'art est acceptée; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire. Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n'est qu'il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l'air d'en savoir plus qu'elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d'Odette. La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d'amour et d'ambition enfouie au coeur de l'Andalousie des années trente, alors que la guerre d'Espagne s'apprête à faire rage.


A une trentaine d'année d'écart, une oeuvre d'art aura une témoin de son histoire, ce qui permettra de rétablir sa vérité sur son origine: le peintre, à l'origine des Filles au lion, n'est pas celui qu'il prétend être. Lawrie en est l'innocence incarnée: tout ce qu'il peut en dire, c'est que cette oeuvre était trimballée sans cesse par sa mère. Tout comme Marjorie Quick, elle n'est pas cette simple directrice d'entreprise.

Le lecteur découvre une partie de l'histoire d'Espagne, au travers du voyage de l'enquête sur cette oeuvre: comment elle a été pensée, qui a peint, qui est le commanditaire et dans quelle ville... Ce qui est loin des livres d'Histoire rébarbatifs que nous pouvons connaître: nous voyons les péripéties depuis l'intérieur de l'Espagne, avec les déboires d'une famille.

C'est aussi la place de la femme dans les années 1930-1970: les codifications sur les attitudes avec les hommes, les aspirations, la crédibilité lors de discussions. Une enquête artistique pour comprendre l'histoire d'une oeuvre, dont l'historique du peintre est proche du néant, et ce à cause de la guerre. Originaire de Trinidad, Odelle se plait à Londres, vit en colocation, et fait parfois face aux remarques sur sa couleur de peau, mais en subtilité.