Sorties

Edito Novembre 2019

La Toussaint est passée, vous avez peut-être été en vacances et profité de lever le pied pour penser à vous. Nous nous tournons vers les préparatifs des cadeaux de Noël: les catalogues de cadeaux commencent à apparaître dans les boîtes aux lettres.

10/31/2018

"Pandora" de Jong-Woo Park

Casting: Nam-Gil Kim, Jin-Yeong Jeong, Yeong-ae Kim, Jung-hee Moon, Gang-yoo Bae

Sur Netflix le 17 Mars 2017 

Dans un village en Corée, la centrale nucléaire est active malgré sa vétusté. Le drame finit par arriver : une surchauffe entraînant l’explosion d’un des bâtiments et la radioactivité se répend à des taux très élevés. Évacuation des populations locales et endiguement des émissions radioactives : comment faire face à ce drame?


Film sud-coréen de 2016, ce drame est non sans rappeler Tchernobyl et plus récemment Fukushima. Et bien sûr notre rapport aux énergies, la situation des zones d’exploitation par rapport aux zones habitées, les contrôles. Ici, il est de notoriété, tout du moins pour certains, que la centrale ne répond pas aux normes.

Au-delà du drame, nous avons « servir sa patrie ». La société passe avant l’individu. La mère ordonne à son fils, le fils obéi. Le patron dit, l’employé fait. Peu importe le risque d’explosion, la radioactivité, à être malheureux au travail: la personne n’est pas là pour son plaisir personnel.


Il y a cependant le volontarisme. L'individu trouve des idées et entraîne des confrères avec lui: entrer dans l'usine, malgré la radioactivité, pour sauver le maximum de ses congénaires. Cacher à un proche qu'il ne reverra sans doute pas son fils, pour sauver au mieux sa famille.

Nous faisons face à nous même, donc notre conscience, qui entre en contradiction avec le "soi même" des autres. Parfois "soi même" rencontre un autre "soi même" et le diapason arrive à trouver un compromis. Rien n'est figé, surtout dans l'adversité.


À voir: pour un film catastrophe version Asie (ça change des Etats-Unis)

À zapper:  si vous préférez un cataclysme où mère nature fait des siennes (Black Storm ou encore Le jour d'après)

10/30/2018

"Shining" de Stanley Kubrick

Casting: Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel

Sorti au cinéma le 16 Octobre 1980

Interdit -12ans

Jack Torrance, gardien d'un hôtel fermé l'hiver, sa femme Wendy et son fils Danny s'apprêtent à vivre plusieurs mois de solitude. Danny, doté du don de médium, le "shilling", est effrayé à l'idée d'habiter ce lieu, marqué par de terribles évènements passés...
Basé sur le roman de Stephen King, voici notre famille qui s'apprête à vivre la saison hivernale, isolés du monde, à garder cette immense bâtisse. Le chef cuisinier a préparé suffisamment de vivres pour que tout le monde mange à sa faim, et curieusement nous ne voyons personne manger... Bref. Par contre nous sommes servis en apparitions (l'ancienne famille de gardien tout bonnement assassinée dans l'accès de folie de Monsieur).


Il y a énormément de lacunes dans ce film, beaucoup trop de raccourcis, d'éléments passés sous silence.

// Le père clame qu'il n'a pas levé la main sur Danny, que ce qui s'est passé avant n'était qu'un accident (si vous n'avez pas lu le roman vous ne savez pas de quoi il s'agit). Wendy se retrouve suspectée, dans le roman: ici, que nenni. Danny s'est fait les bleus, au cou, tout seul, fin du débat.

// Danny doit éviter la chambre 237. Si vous n'avez pas lu le roman vous ne savez pas ce qui s'est passée à feu l'occupante mais juste émettre des suppositions. Point commun: Jack affirme n'avoir rien vu dans ladite chambre, or plus tard dans le roman Danny va révéler que papa a bien vu quelqu'un.


// Dans le roman, le cuissot confie à Danny que leur lien télépathique leur permet de communiquer à distance: s'il arrive quoi que ce soit, Danny peut appeler à l'aide. Ici, le cuissot se retrouve avec une migraine fulgurante et décide d'appeler l'hôtel pour prendre des nouvelles...

// Danny et Jack sont persuadés, avec plus ou moins de certitudes (hallucinations ou pas?), de voir des animaux, taillés dans du buis, bouger. Ici, à part un labyrinthe qui ne fait rien du tout, la nature ne fait aucunement des siennes. A part la tempête de neige.


// Les voix dans la tête de Jack sont assez récurrentes, sans oublier les éclats de voix que Wendy entend comme si Jack s'énervait tout seul. A part une soirée au bal, ou une tentative de cuite au bar: on ne peut pas dire que la pression des fantômes se fasse vraiment présente. Seules les apparitions des fillettes sont assez surprenantes et donnent un peu de piquant.

// Le passé alcoolique du père est complètement passé sous silence. Tout comme le passage chez le médecin: l'inquiétude des parents quant au lien entre Danny et Tony "l'ami imaginaire". D'ailleurs, Tony se manifeste très bien avec le changement de voix Danny / pas Danny, mais franchement est-ce que Danny a besoin de lever le doigt pour signaler la présence de Tony? Nous sommes presque dans "E.T téléphone maison" là !


En points positifs? La différenciation par la voix entre Tony et Dany (mais par pitié enlevez le doigt en l'air pour ajouter de la crédibilité !). La cuisine est aussi gigantesque que dans le roman. La mère est vraiment effacée, à la limite de s'excuser de respirer, tandis que le père part en cacahuète assez violemment.

En d'autres termes, comme Wendy ci-dessous, nous sommes plutôt proche du loupé que du grand art cinématographique. Ce film est surtout à retenir pour le jeu des acteurs et les décors, mais un scénario raté.


A voir: pour les décors, le jeu des acteurs qui montrent plutôt bien les névroses

A zapper: si vous voulez vraiment frissonner lisez plutôt le roman de Stephen King

10/28/2018

"Noir comme la mer" de Mary Higgins Clark

La croisière promettait d'être sublime. Mais peu après avoir levé l'ancre, le luxueux Queen Charlotte est le théâtre d'un mystérieux assassinat: celui de Lady Em, une riche octogénaire. Et son inestimable collier d'émeraudes, censé avoir appartenu à Cléopâtre, a disparu... Le coupable est à bord, sans aucun doute. Mais qui est-ce? Son assistante apparemment dévouée? Le jeune avocat qui voulait persuader Lady Em de rendre le collier à l'Egypte, son propriétaire légitime? Ou Célia Kilbride, l'experte en pierres précieuses qui s'était liée avec la vieille dame? La liste des suspects s'allonge au fur et à mesure que le Queen Charlotte fend les flots et que la croisière tourne au drame.


Conférences autour de Shakespeare et des pierres précieuses, cours de yoga, soirée du commandant: cette croisière inaugurale s'annonce idéale ! Ce n'est sans compter sur un bijou, sujet de discorde, qui n'est que d'apparence le problème de cette croisière: un détournement de fonds est sous jacent. Un meurtre, un homme fini à la mer, une femme étranglée et un voleur à la renommée internationale à bord: cette croisière vire rapidement à la suspission. Et pourtant il s'agit de voguer une seule semaine... Imaginez si la croisière devait durer plus longtemps ! Et en rajoutant, pourquoi pas, un animal de compagnie qui sèmerait la zizanie...

Les potins vont bon train, égrenant les suspects potentiels. L'équipage tente de gérer la situation pour que le calme reste à son maximum. Certains passagers profitent de la situation pour jouer la comédie. Des fuites dans la presse entrainent des annulations sur le prochain voyage du Queen Charlotte.

Entre un étouffement avec un oreiller, une tentative de meurtre par étranglement, et un passager qui passe par-dessus le bastingage, il ne manquerait presque plus qu'une intoxication alimentaire pour qu'arriver à ses fins prenne son sens. Une arme à feu, en faisant abstraction du bruit (grâce à un silencieux), attirerait tout de même trop l'attention: la traçabilité de la balle, quoique avec les techniques d'effacement des armes du marché noir, compliquerait tout de même la tâche.

Les chapitres sont courts, de une à trois pages, chaque partie ayant une ligne de fond unique: un bruit la nuit, le petit déjeuner, parler un peu de soi... L'ambiance croisière est bien là: distribution de repas en cabine grâce à un trolley, les animations à bord, la soirée du commandant. Même la tempête en mer n'est pas oubliée.

The Crown, saison 2

Casting: Claire Foy, Vanessa Kirby, Matt Smith, Jo Herbert, Jeremy Northman, Chloe Pirrie, Greg Wise, Ben Miles, Matthew Goode, Amir Boutrous, Jesse James Sims

Sur Netflix le 8 Décembre 2017

Une mésaventure - La compagnie des hommes - Lisbonne - Beryl - Marionnettes - Vergangenheit - Matrimonium - Chère Madame Kennedy - Pater Familias - L'homme mystère


Philip est toujours remis en question, son changement de statut mettra-t-il fin à cette situation? Toujours dans la perspective de statut, la Princesse Margaret se voit refuser son mariage car le promis est divorcé, statut très réprimé dans l'Eglise. Par ailleurs, le couple royal ne peut pas divorcer: ce sujet a été abordé très sérieusement entre Elisabeth et Philipe, leur couple traversant une crise.

La presse se rue sur un divorce parmi la classe politique, et le couple royal ne sera pas épargné. Ce qui pose la question de la liberté de la presse: y a-t-il vraiment des intouchables? Elizabeth acceptera, mal gré, de diffuser ses voeux de Noël à la télévision: elle est perçue comme hautaine, avec un grain de voix irritant.


Le pardon est aussi débattu. Quand un roi a été banni, à quel moment peut-on lui accorder le retour au pays? Dans quelles conditions peut-il servir sa nation? Sans oublier les sujets géopolitiques de base: visiter les pays du Commonwealth, le canal de Suez avec sa crise, les menaces de certains dirigeants, des rencontres en Afrique...


L'enfance de Philip, en internat, à la dure, ainsi que le passé nazi de sa famille, est abordé et a d'ailleurs son épisode entier. Charles passera quelques années dans cette même pension, années qu'il qualifiera plus tard de prison, sans traitement de faveur que ce soit des enseignants que les camarades.


Les tenues d'apparats d'Elizabeth, et même un peu de Philip, varient sensiblement d'un évènement à l'autre. Nous ne sommes pas encore à l'ensemble jaune poussin, mais le style et les couleurs changent ici et là, par touches.


La place de la monarchie se pose et est vitale, car de nombreux pays laissent place à d'autres formes de politique dont la démocratie. Donner un nouveau souffle est à double tranchant: nécessaire pour pérenniser la monarchie britannique, mais mal menée peut entraîner une fin.

Nous assistons d'ailleurs la rencontre entre le couple Kennedy et le couple royal britannique. Des critiques parviennent aux oreilles d'Elizabeth, ce qui vaudra un tête à tête avec Jackie. Les deux femmes vont parler presque à coeur ouvert. L'assassinat de Kennedy va marquer les esprits et les visages, Elizabeth aura d'ailleurs un geste assez naturel que d'écrire une lettre à Jackie: la spontanéité semble venir.


A voir: pour la continuité d'esprit de la saison 1, beaucoup plus d'aplomb de la part du couple royal (les marques sont mieux assimilées)

A zapper: si vous avez trouvé la saison 1 rasoir

"A star is born" de Bradley Cooper

Casting: Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Adrew Dice Clay, Rafi Gavron, Dave Chappelle, Ron Fifkin, Anthony Ramos

En salles le 3 Octobre 2018

Jackson Maine, star de country sur le retour, découvre Ally, une chanteuse au talent très prometteur. Tandis qu'ils se lient tant à la scène qu'à la maison, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d'elle une star adulée par le public. Jackson se retrouve éclipsé par le succès de la jeune femme et vit de plus en plus mal son propre déclin...


L'un sort de scène, déjà passablement bourré et défoncé aux drogues. Elle, monte sur scène dans un bar fréquenté par des drag queen, et pousse la chansonnette en français. Cette soirée, d'une rencontre par hasard, va rapidement naître une collaboration artistique et une vie de couple en dehors de la scène. Mais tandis qu'elle grimpe, lui va entamer une descente violente sur fond d'alcool et de drogue.


Cachets, alcool, se résigner à son rêve d'album, prendre le chemin d'un studio d'enregistrements, compositions, répétitions de danse, virer les danseuses, reprendre les danseuses, cure de désintox,  digérer le choc des Grammy Awards, réunions aux alcooliques anonymes, prendre un chien, évoquer son enfance. Un film assez humain sur un échange d'ascenseur, le soutien inconditionnel l'un envers l'autre, essayer de prendre sur soi.


Une bonne musicale exceptionnelle, une complicité entre Lady Gaga et Bradley Cooper indéniable. Un scénario qui en soi n'invente certes rien: celui qui a aidé le conjoint à venir dans la lumière et qui vit mal le fiât d'être relégué en second plan, les doutes, les addictions, les proches plutôt désemparés qui tentent de douter un coup de main comme ils peuvent... Mais nous voyons des personnes à fleur de peau, avant de voir l'artiste.


A voir: pour l'humain avant la machine à tubes

A zapper: si vous préférez Lady Gaga en blonde peroxydée et robe en viande

10/27/2018

"Le grand bain" de Gilles Lellouche

Casting: Marina Foïs, Leïla Bekhi, Virginie Efira, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Mathieu Almaric

En salles le 24 Octobre 2018

Dans les couloirs de la piscine municipale, Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et d'autres hommes s'entraînent sous la houlette de Delphine ancienne gloire de la natation synchronisée. Ensemble, ils se sentent libres, utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans cette discipline panache des femmes. 


La natation synchronisée a son cliché, tout comme le ballet: discipline féminine, pas du tout masculine, ce n'est pas viril. Et pourtant des femmes jouent au football... Une ancienne gloire de la discipline, hantée par un drame, allant aux réunions des alcooliques anonymes, n'a pas lâché les bassins. Et ce groupe d'hommes va non seulement l'aider à sortir la tête de l'eau (sans jeu de mots bien sûr) mais aussi entre eux ils vont exorciser certains démons. Jusqu'à la Norvège.


Au-delà de la natation synchronisée masculine, nous avons un portrait varié de la société. L'un en est à sa quatrième entreprise, qui comme les trois précédentes est sur le point de couler. L'autre est dépressif et ne travaille pas depuis deux ans, les relations avec la belle-famille ne sont pas au beau fixe. Un autre court après son rêve de musique et fantasme son succès, dont les relations avec son adolescente de fille sont plus que glaciales. La mère très bipolaire, placée en institut spécialisé.

Bref, nous avons une brochette d'hommes, qui s'engluent à un degré plus ou moins important, et vont s'accomplir. Le sport comme vecteur de mise au point: au lieu de payer un prix exorbitant pour parler sur un canapé avec un psy à côté, pour quelques euros vous allez au sport et les gens, de tous horizons, de tous problèmes, vont vous donner la vérité sans détour.


Des gens ordinaires, aux considérations ordinaires, au vocabulaire de tout le monde, dans une ville ordinaire, avec un travail standard et des collègues basiques: et pourtant ils ont le même rêve. Les mêmes rêves en fait: sortir d'un certain marasme, être vu autrement.

Parfois il faut atterrir, et il y a toujours quelqu'un pour faire ce rappel, et en même temps ne rien lâcher. Et ils s'attellent à un cliché: la natation synchronisée, c'est pour les filles, ça ne fait pas du tout viril. "Le grand bain" est un film populaire: tout le monde est touché, les personnages sont touchants.


Un film sans prétentions: pas d'effets spéciaux ni de courses poursuites qui en mettent plein les yeux. Le film qui fait du bien: un souffle pour aller de l'avant, trouver son exutoire, pas de super héros car ils sont parmi nous.

Nous ne nous apitoyons pas, nous nous identifions ou identifions un personnage pour soi ou un proche. Le dialogue n'est pas le même avec sa femme qu'avec ses amis de bassin, ce qui permet d'avoir une autre vision d'une crise. La vie.


A voir: pour enfin un autre regard sur la natation synchronisée, pour des considérations humaines sans trop de larmoiement, faire réfléchir à une forme de discrimination

A zapper: si vous préférez pratiquer la natation plutôt que de le voir sur grand écran

10/26/2018

"Shining" de Stephen King

Situé dans les montagnes Rocheuses, l'Overlook Hotel est tenu pour être l'un des plus beaux lieux du monde. Beauté, confort, luxe, volupté... L'hiver, l'hôtel est fermé, coupé du monde par le froid, la neige, les glaces. Seul l'habite un gardien. Cet hiver-là, c'est Jack Torrance, un alcoolique qui tente d'échapper à l'échec et au désespoir. Il est venu accompagné de sa femme, Wendy, qui espère, grâce à cet isolement, reconstruire son foyer menacé, et de leur enfant Danny. Mais Danny possède le don de sentir, de voir, de ressusciter les choses et les êtres à jamais disparus. Dans les cent dix chambres vide de l'Overlook, le démon est omniprésent. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée, ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs, cette vie si étrange qui anime l'hôtel?


Rien que le nom de l'hôtel, Overlook, est un présage: voir au-delà des yeux, des apparences. Le cuisinier a lui-même cette sensibilité, tout comme Danny. Quant on est un enfant de cinq ans, canaliser ce Don n'est pas chose aisée: pour ses parents, Tony est un ami imaginaire, Danny a juste une capacité de déduction pointue.

Les parents sont cassés psychologiquement. Alcoolique qui tente de gérer, au père violent. Une épouse effacée, qui dit "oui bien sûr". Quant à Danny qui essaye de gérer ses capacités psychiques. Ajoutez à ça un isolement dans un hôtel coupé du monde pendant plusieurs mois, avec le blizzard, et des bruits qui viennent rappeler que personne n'est vraiment seul.

Dans ce cadre d'isolement, nous nous demandons si la famille ne craque pas. Après tout, l'ancien gardien a bien assassiné sa femme et ses deux filles, avant de se suicider, alors que la famille était justement en charge de l'hôtel pendant la saison hivernale. Et le passé de l'hôtel est peu reluisant, et a fait l'objet de nombreux articles dans la presse: de quoi faire travailler l'imagination.

Les tensions vont crescendo. Chacun essaye de garder l'esprit clair, de faire la distinction entre la réalité et les visions mais la limite devient de plus en plus fine. Les failles s'exacerbent, en même temps que le blizzard s'intensifie.

10/22/2018

"Un monde à portée de main" de Maylis De Kerangal

Paula s'avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c'est le grain de la peinture qu'elle éprouve. Elle s'approche tout près, regarde: c'est bien une image. Etonnée, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l'illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu'elle passe des colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu'une autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture.


J'ai entendu parler de "Réparer les vivants" car il a été adapté au cinéma. Autant dire que je ne suis pas du tout familière de Maylis de Kerangal: il s'agit d'une découverte littéraire totale. Un petit roman de 285 pages, écrits en caractères de taille moyenne: ce qui ne fatigue pas les yeux ni ne traine en longueur.

// Une jeune femme qui se cherche. Pour faire plaisir aux parents, elle a commencé des études de droit, branche très vite arrêtée. Son truc: la peinture. Une collocation, du travail sur des matériaux variés: bois, pierre... Mais une fois le diplôme en poche, qu'advient-il? Elle va vivre en Italie par exemple, en travaillant sur les décors de la Cinecittà où les désillusions vont sembler sans fond.

// De désillusions en désillusions, à habiter seule puis à revenir chez ses parents pour repartir et revenir à nouveau... L'acte salvateur viendra de la découverte des grottes de Lascaux. Au final, la peinture appliquée à l'archéologie.

// Le style d'écriture m'a plutôt bloquée dans l'appréciation de cette quête de soi. Aucun dialogue nettement défini: que ce soit du texte descriptif ou l'interjection d'un personnage, tout est dans la même phrase. Peu de dialogues tout court d'ailleurs. Les interactions se basent énormément sur du ressenti, des descriptions sur une atmosphère ou une mise en place d'un lieu.

// J'ai eu l'impression de prendre un train en marche, et d'être descendue aussi en marche. Il n'y a pas d'élément déclencheur provoquant chez Paula un déclic, que ce soit entrer dans l'art par rébellion, ou suite à une rencontre ou une exposition. Nous arrivons en même temps que Paula à l'école. Quant à la finale, elle se plait dans l'aventure Lasceaux... Mais et après? Va-t-elle continuer dans la peinture rupestre? Va-t-elle continuer son yoyo entre vie solitaire et vie chez ses parents? Pourquoi tout à coup la peinture et pas l'écriture ou les plantes?

// Le fond ressemble à Agnès Martin-Lugand (Les gens heureux lisent et boivent du café / J'ai toujours cette musique dans la tête...): un côté très humain, des personnages à fleur de peau qui vont plus ou moins tirer leur aiguille de la botte de foin de la vie et donc des arnaques relationnelles. Dommage que le style (écriture, mise en page) ne mette pas plus en avant ces sensibilités, les choses enfouies au plus profond de soi qui font craquer ou prendre une direction particulière.

The Crown, saison 1

Casting: Claire Foy, Vanessa Kirby, Matt Smith, Eileen Atkins, Jeremy Northman, John Lithgow, Greg Wise, Ben Miles, Chloe Pirrie, Matthew Goode

Sur Netflix le 4 Novembre 2016

Wolferton Splash - Hyde Park Corner - Windsor - Catastrophe naturelle - Poudre aux yeux - Bombe à retardement - Le savoir, c'est le pouvoir - Joie et fierté - Assassins - Gloriana


L'état de santé du Roi aboutira au couronnement d'Elizabeth, à l'âge de 25ans. Churchill est menacé et pressé de démissionner: retarder le sacrement lui permet de gagner quelques mois encore au pouvoir.  Sans oublier un double infarctus en quelques jours... Quant au maris, Philip Mountbatten, s'imaginait enfin avoir son nom à la Cour: or, par tradition, Elizabeth doit revenir le nom Windsor. Philip, qui s'était lancé dans des travaux pour leur future maison, est forcé de vivre à Buckingham Palace. Autant dire que certains mâles voient leur ego en prendre dans l'aile... 


Sans oublier la petite soeur qui vit très mal le fait d'être dans l'ombre. Et en plus, elle s'entiche d'un roturier... Âgée de moins de 25ans, elle doit avoir l'aval de la Reine pour se marier. Le compromis: une séparation de deux, jusqu'à l'anniversaire fatidique, et ensuite c'est bon, pas besoin de feu vert de sa soeur la Reine. Sauf que l'Eglise est farouchement opposée à cette union car le roturier est divorcé et l'ex femme est toujours vivante.


Elizabeth se rend rapidement compte que l'éducation reçue est loin d'être suffisante pour faire face aux conversations avec les hommes politiques et conseillers. Le seul point négatif de cette saison: le professeur est reparti aussi vite qu'il est arrivé.


Deux faits inspirés de faits réels viennent jalonner les évènements. Tout d'abord le brouillard de Décembre 1952 ayant enveloppé Londres pendant cinq jours et entrainant plusieurs centaines de morts. Et enfin le portrait de Churchill, brûlé. Et l'importance de l'art pour Churchill.


Trouver sa place n'est pas chose aisée. Epouse, reine, mère. Epoux, conjoint, père. Royauté, vie militaire. Comment respirer? Churchill ne veut pas lâcher le pouvoir, il veut accompagner quitte à y laisser sa peau. La soeur veut s'affranchir des conventions, mais dans l'Angleterre de cette époque, 1940-1950, la pression des traditions reste tenace.

Nous avons des jeux d'intrigues aussi, sans tomber dans des leçons de géopolitiques à intriguer version House of Cards. Beaucoup de dignité, être ferme quand il le faut, montrer quelques signes de faiblesse mais reprendre la face.


A voir: pour l'Histoire sans tomber dans la chronologie rébarbative, pour la femme mélange de plusieurs personnages à la fois

A zapper: si les jeux de pouvoirs mêlés à la famille ne vous botte pas

10/21/2018

"Venom" de Ruben Fleischer

Casting: Michelle Williams, Tom Hardy, Riz Ahmed, Reid Scott, Scott Haze, Jenny Slate, Michelle Lee

En salles le 10 Octobre 2018

Le Dr Carlton Drake fait face à une catastrophe particulière: le crash d'une fusée lors de retour d'une mission. Le pire? Quatre symbiotes étaient à bord, seulement trois ont été retrouvés dans leurs caissons: il y en a un dans la nature... Le journaliste Eddie Brock est à son apogée dans sa carrière de journaliste, gérant sa propre émission d'enquêtes à la télé. Mais ce n'est sans compter sur le symbiote libre qui va bouleverser les choses...


Rien qu'à voir l'affiche, il y aurait eu peu de chances que j'aille voir le film: la tronche de la bestiole noire avec la langue fourchue est vraiment trop bizarre. Et ça fait plutôt Alien (saga dont je suis loin, très loin, d'être fan). Sans oublier la bande-annonce qui m'a laissée perplexe. Bref, il y a peu d'arguments en facteur de "Venom" de prime abord... J'y suis allée car mon compagnon était très motivé et il s'agit de la maison Marvel, sans oublier Tom Hardy (Dunkerque / Inception / Sucker Punch) que j'apprécie plutôt bien: donc bon, pourquoi pas après tout (au pire je dors pendant le film: ça me fera ma sieste de l'après-midi).


Le crash de la fusée, l'introduction petit à petit des travaux du Dr Carlton Drake, la déontologie de Dr Dora Skirth, la cohabitation corporelle entre Venom et Eddie: les éléments s'emboitent sans trop de raccourcis. Chacun essaye de se positionner par rapport aux évènement: Eddie tente de gérer le virus, Venom qui voudrait bouffer tout ce qui passe, l'ex qui voudrait aider Eddy, le scientifique qui veut faire aboutir son projet mais se retrouve dépassé...

Le seul vrai point négatif est que nous ne savons seulement pas comment Carlton Drake en est arrivé à trouver la planète où vivent ces symbiotes ni comment il a eu le déclic quant à l'utilisation de ces formes de vies sur les humains.


Nous faisons face à une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde: le côté Eddie un peu loser qui en a marre de défendre la veuve et l'orphelin et qui se retrouve au fond du trou, et Venom prêt à en découdre (surtout avec les siens) quitte à se nourrir de tout et n'importe qui (peu importe un gentil humain ou un méchant voire même un chien). 


A voir: une bonne musique et un bon design des symbiotes

A zapper: oubliez la 3D car déjà en 2D certaines scènes de courses poursuites donnent déjà mal à la tête

10/18/2018

"Agatha Raisin enquête (2): remède de cheval" de M.C. Beaton

Après la pluie, le beau temps ! Agatha Raisin est désormais bien installée dans son cottage de Carsely en compagnie de ses deux chats. Cerise sur le pudding, le nouveau vétérinaire du village ne semble pas insensible à ses charmes. Quand le beau véto succombe à une injection de tranquillisant destinée à un cheval rétif, la police locale conclut à un malencontreux accident. Mais pour Agatha, dont le flair a permis de résoudre l'affaire de La quiche fatale, il s'agit bien d'un meurtre. A l'étonnement de tous, le séduisant colonel James Lacey partage pour une fois l'avis de son entreprenante voisine. Et nos deux détectives amateurs se lancent dans une enquête bien plus périlleuse qu'ils ne l'imaginaient...


Agatha Raisin a pris sa retraite, s'est installée dans une bourgade et s'est immédiatement fait remarquée en apportant une quiche empoisonnée achetée chez un traiteur (au lieu de la faire elle-même). Après cet opus de La quiche fatale, il semblerait qu'Agatha Raisin se plaise finalement dans cette bourgade où les ragots vont bon train et l'association fonctionne bien. Chouette, un nouveau venu permet de donner de nouvelles occasions de papoter ! Sauf que pour un vétérinaire, il n'a pas la cote auprès des chiens et chats: population plus importante que les chevaux, très appréciés par ce vétérinaire.

La police demande à ce que les civils restent en dehors de l'enquête: Agatha Raisin n'en a cure ! Elle va même embarquer un voisin, écrivain en mal d'inspiration. Un deuxième chat rejoint le domicile d'Agatha. Elle manquera de justesse de se faire escroquer par un ancien collègue. Ce second opus est loin d'être de tout repos !

Le vétérinaire reçoit une dose mortelle de médicament destiné au cheval, une veuve retrouvée morte dans sa salle de bain, des chats kidnappés: mais que se passe-t-il dans cette bourgade en apparence si calme? Sans oublier une double agression, l'un dans un pub et l'autre au cabinet vétérinaire. La pugnacité d'Agatha va faire bouger l'enquête, d'abord en faisant admettre qu'il s'agit de meurtres et non d'accidents. Et bien sûr Agatha qui s'imagine être le centre de l'attention sentimentale d'un voisin (que voulez-vous...).

La couverture reste dans le même style que le premier roman: des tons pastels, un dessin qui résume plutôt bien l'esprit du roman (l'histoire part d'un cheval à opérer mais au final le vétérinaire et des chats sont concernés). Agatha Raisin a toujours son fort caractère mais est prête à se laisser séduire.

10/14/2018

"Mon yoga, ma détox, mes emmerdes" de Birgid Delaney

Jus pressés à froid, désintoxication au sucre, régime paléo, yoga bikram, pleine conscience... L'industrie du bien-être se porte comme un charme. Mais toutes ces techniques censées nous rendre heureux et en bonne santé fonctionnent-elles vraiment? C'est la question que s'est posée Brigid, journaliste au bout du rouleau mais prête à tout pour un peu plus de sérénité. Armée d'un courage sans faille, elle décide d'abandonner son train de vie, fait de repas festifs et de soirées parfois trop arrosées, pour tester sur elle-même toutes les méthodes en vogue. Après avoir survécu à une détox bien corsée de 101 jours, elle voyage dans le monde entier et se retrouve rapidement à vivre des situations loufoques, entre nettoyage du colon aux Philippines et thérapie de groupe en plein coeur du bush australien.


C'est la couverture et le titre qui ont attiré mon regard. Pratiquant le yoga (depuis septembre 2017: nous sommes en octobre 2018) et m'intéressant à l'alimentation (surtout pour renforcer mon système immunitaire pour passer l'hiver sans être trop souvent enrhumée par exemple), j'ai pris ce roman du comptoir et lu le résumé. Le bien-être est vendu à tours de bras: stages de yoga et/ou méditation, périodes de jeûnes... Alors je suis repartie avec ce roman.

Pour résumer le marché du bien-être : thé ayurvedique, régime paléo, yoga, retraite dans un monastère... Sans oublier la guerre au matières grasses et le sucre présent dans certains aliments, qui nous sont exposés dans les grandes surfaces. Tout est bon pour attirer le chaland (que ce soit le bon comme le mauvais).

Nous sommes bien loin de Mange Prie Aime d'Elisabeth Gilbert. Birgid, journaliste touristiques habituée aux repas frugaux et aux visites d'hôtels luxueux, prend conscience de certaines limites de son organisme. Elle se lance dans une quête du bien-être, et les offres sont présentes en grande quantité et dans des styles différents: détox, randonnées, thérapies de groupes, nettoyage du colon, massage des jambes... Chaque "promoteur" du bien-être avance des arguments tous aussi variés les uns des autres: nous nous attaquons à telle zone car elle est le centre d'amalgame de telle ou telle émotion, il faut lâcher prise, accéder à des traumatismes anciens pour les intégrer dans notre vie...

La détox: "effet secondaire très désagréable (personne délicates s'abstenir !) j'ai une épouvantable diarrhée", "fin du jeûne, aujourd'hui je dé-jeune". La mode des régimes, le puritanisme alimentaire: une forme de trouble alimentaire non seulement collectif mais aussi à l'échelle mondiale. Après plusieurs jours sans manger, la reprise alimentaire se fait avec un jour avec un demi concombre, puis le lendemain avec un oeuf, puis cinquante grammes de poulet poché. Mais avec "un haricot vert, une part de poisson de la taille d'un iPhone 5, un demi concombre, cinquante gramme de poulet poché, on peut à peine sortir de chez soi". Autant dire que la maîtrise de l'alimentation à ce degré là semble difficilement compatible avec une vie sociale.

Birgid passe alors au soin par la spiritualité. Les applications pour téléphone, disponibles à foison, coupe les individus d'eux-mêmes, quant aux réseaux sociaux (Facebook / Twitter / Instagram / Pinterest pour ne citer qu'eux) sont les lieux virtuels idéaux pour se faire constamment complimenter et approuver: en un sens, nous vivons pour et par le regard des autres. Virtuellement.
L'équilibre intérieur est un marché important. D'autant plus que nos rythmes de vie nous laisse peu de marge de manoeuvre pour se poser. Avec pour exemple dans ce roman la travailleuse qui doit avoir une assistante pour programmer des pauses pipi dans son emploi du temps. L'heure est au rendement et aux sollicitations constantes.

L'auteure souligne qu'en Australie, en 2016, un habitant sur dix de plus de quatorze ans pratique le yoga, alors qu'en 2008 nous parlons d'un individu sur vingt. Les retraites ont le vent en poupe, le nombre d'offres est toute aussi variée que la variété de formules: jeûne, méditation, travaux de groupe, rejoindre des moines... Et si l'équilibre partait d'abord de soi? Dans nos sociétés où rester assis à respirer, méditer est vu comme une perte de temps car nous sommes sollicités de toutes parts (repas de travail, soirées de lancement d'un produit, vernissage...). L'équilibre intérieur permet une meilleure aisance au travail, notamment lors des moments de rush ou de tensions avec les clients.

10/11/2018

Les chroniques de Shannara, saison 2

Casting: Ivana Baquero, Vanessa Morgan, Malese Job, Austin Butler, Manu Bennett, Aaron Jakubenko, Marcus Vanco, Caroline Chikezie, Glen Levy, Gentry Wax, Desmond Chiam, Grahame Vincent


Le druide - Spectre - Graymark - Epée de Shannara - Retour aux sources - Le crâne du Roi Sorcier - Un nouveau druide - Amberle - Le pays sauvage - Sang pour sang

Une seconde saison sous le signe de la prise de décision. Les personnages ont un rôle à jouer, mais il n'est pas toujours évident de l'accepter. Wil doit prendre place dans la lignée Shannara, Eretreia est mi humaine mi démon, Lyria refuse la place de princesse.


Nous avons une relation lesbienne. Mais cette relation ne sera pas officialisée, face à la population: Lyria est nommée reine, et une reine semble être attendue pour la progéniture. Sinon, pourquoi Eretreia partirait-elle? Et pourquoi Lyria ne la retiendrait pas?


La lignée des druides est en danger. Allanon se découvre une fille, qui se fiche d'avoir un père mais veut juste être formée. Un cerclage bloque les pouvoirs magiques des druides: mais de quelle pierre s'agit-il? De quel alliage de métaux? Mystère qui n'est aucunement expliqué. Et la fille sortie de nul part, comme par hasard quand Allanon est en fin de cycle...


Après Amberle devenue arbre, c'est au tour de Wil de rejoindre la nature en s'immergeant dans une rivière, pour ne faire qu'un avec l'élément. Le serviteur qui se fait doubler par le maître: l'ego des grandeurs a aveuglé, l'élève a voulu dépasser le maître.

Encore beaucoup de raccourcis, notamment lorsqu'il s'agit de convaincre. "Pars ma fille" d'accord elle part sans argumenter qu'il y aurait une autre voie; "je dois me sacrifier" d'accord je te reverrais. Les combats sont réglés en quelques secondes, tout comme le démon extrait du corps d'Eretria en une poignée de secondes.


A voir: pour voir qui surprend Eretria à la fin de l'épisode 10 de la saison 1 (la finale de la saison)

A zapper: si vous ne voulez par connaître le dénouement car c'est vraiment prévisible